Durban, ONU, Genève: Le Laboratoire anti-Occident
Durban 2 aura lieu à Genève en avril 2009. C’est donc sur les paisibles rivages du lac Léman que la conférence de l’ONU censée étudier les formes actuelles du racisme va poursuivre les travaux entamés à Duban 1 en Afrique du Sud en août 2001. On sait ce qu’il en advint : les ONG avaient transformé cette rencontre en un vaste forum anti-juif, anti-israélien, anti-américain.
La grande nouveauté fut que l’on y avait crié « mort aux juifs ! » au nom de l’antiracisme et de l’émancipation du genre humain ! Quelques jours après la fin de cette belle conférence, les tours du World Trade Center étaient attaquées par les avions piratés par Al Qaïda. La haine des mots était passée à l’acte.
Quel est le scénario à venir ? Quel est l’enjeu de la conférence de Genève ?
Depuis un an, une évidente offensive politique est à l’œuvre. Au sein du Conseil des droits de l’homme (le nouveau nom de l’organisation qui a succédé à la défunte commission des droits de l’homme qui tout de même, même pour l’ONU, avait trop gravement dérapé) c’est une nouvelle machine de guerre qui s’y est installée. Sa stratégie a deux objectifs politiques majeurs : premier objectif, expulser Israël de l’ONU. L’ONU a créé Israël, l’ONU doit s’en défaire. Cet objectif vise à être atteint par un timing qui se décline en plusieurs moments. Il s’agit de délégitimer Israël en le présentant comme un Etat d’apartheid. En désignant Israël comme un Etat structurellement raciste, l’ONU, gardienne de la morale planétaire, ne peut être qu’obligée de mettre Israël hors la communauté des Etats et des hommes. Cette sinistre bouffonnerie s’articule de manière complémentaire avec un autre projet : celui de l’Iran d’Ahmadinejad qui veut « rayer Israël de la carte du monde ». Or si au nom de l’ONU, Israël est dénoncé comme un Etat raciste, le président iranien n’aurait pas tort de vouloir éradiquer ce monstre. L’ONU construit l’argumentaire d’Ahmadinejad et celui ci deviendrait le bras armé de la justice des hommes.
Deuxième objectif : réécrire les principes constitutifs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (dont le soixantième anniversaire sera célébré à Paris en décembre 2008) Ceci veut dire, en fait, mettre fin à la notion d’universalité des droits au profit de droits particuliers. La confusion de la critique des religions (et en particulier la critique de l’Islam, dénoncée comme islamophobe) pour l’assimiler à un crime raciste est une atteinte directe à la liberté de conscience si chèrement acquise en Occident. Simultanément c’est une autre définition de l’antisémitisme que certains avancent (l’Algérie). L’anti-sémitisme (le – a toute son importance) ne serait plus la violence faite aux seuls juifs mais à tous les « sémites ». Le tour de passe-passe est éculé, mais d’importance politique, quand c’est cette ONU qui risque de redéfinir les concepts et les normes.
Tel est l’enjeu de la bataille politique qui se prépare et on aurait tort d’en sous estimer l’importance car les discours précèdent toujours les choses.
L’offensive anti-Occident
Ce qui se cache derrière cette offensive virulente ne se limite donc pas à l’habituelle dénonciation, répétitive et obsessionnelle d’Israël. Nous savions tous et depuis longtemps que le sionisme est la cause maléfique du réchauffement climatique, des tremblements de terre en Chine, de la crise du logement en Algérie et de la hausse du prix du pétrole saoudien. Ce qui est nouveau c’est cette offensive « civilisationnelle » anti-Occident de plus en plus affirmée, au nom des principes islamiques, comme devant se substituer à la déclaration de 1948, présentée comme une production néo-colonialiste. Désormais, la dénonciation du sort fait aux femmes afghanes par les Talibans est interprétée comme de la « diffamation envers la religion musulmane », car la « stigmatisation de la burqa » procède d’une atteinte à la liberté de religion ! Ce renversement symbolique qui met l’oppresseur dans le rôle de l’opprimé permet de surprenantes réécritures de l’histoire. Ainsi la traite négrière qui avait aussi été le fait des razzia arabes, tout comme les pratiques esclavagistes actuelles au Soudan, dans les Emirats, en Arabie, ont été effacées du passé et du présent. Un seul monstre demeure : l’entité sioniste nommée Israël !
Toutes les réunions préparatoires tenues au sein du CDH (Conseil des droits de l’homme) pour cette conférence confirment la complémentarité de ces objectifs. Les rapports de force au sein des instances onusiennes régis par les règles de fonctionnement internes, donnent des majorités automatiques de voix à ceux qui mènent l’offensive. Le poids des pays de l’OCI (Organisation de la Conférence Islamique) et des amis africains ou vénézuéliens construit ces majorités qui ne jouent pas en faveur d’Israël ou de l’Occident. Dès lors, que faire ? Le Canada a déjà décidé de ne pas participer à Durban 2- Genève. La France, tiraillée entre son projet d’Union pour la Méditerranée et les positions de principes énoncées par le Président de la République, joue la carte d’en être pour mieux en sortir, quitte à claquer la porte. Le prix du pétrole, la situation libanaise, la guerre d’Irak, le changement à la Maison blanche, entrent comme autant de nouvelles cartes dans cette grande partie de poker menteur dont Genève ne présente que l’écume idéologique.
Un piège idéologique
Réélue en mai 2008 au Conseil des droits de l’homme, la voix de la France émise par son Ministre des Affaires étrangères, a considéré que le CDH était une « instance de dialogue sans équivalent ». A quelle logique politique obéit cette langue de bois lénifiante ? A des intérêts supposés ? Le ministre algérien des anciens combattants avait commis quelques lapsus antisémites à l’égard de Nicolas Sarkozy juste avant sa visite officielle. Il est à remarquer que l’Algérie est particulièrement en pointe dans toutes les saillies anti israéliennes du CDH comme si une surenchère haineuse contre les juifs, Israël, ou l’Occident permettait de contenir le mécontentement intérieur. Le mauvais sort fait aux derniers chrétiens d’Algérie en est l’autre illustration. En 2001 l’ancien Président algérien, Ben Bella, semblait très actif, à Durban, dans la coordination des ONG anti israéliennes. Aujourd’hui, le CDH présidé par la Libye, vice présidé par l’Iran, secondé par les pays de l’OCI n’a ni modifié ses intentions ni sa stratégie et ce sont les pires pays en matière de respect des droits de l’homme (et de la femme) qui pilotent cette structure sensée représentée la morale planétaire ! Du sort du Tibet, de la dictature en Thaïlande, des massacres au Darfour, des violences xénophobes en Afrique du Sud, des minorités religieuses dans le monde arabe, voilà des sujets dont il n’est guère question dans l’agenda en cours. La quasi-totalité des rencontres préparatoires a été consacrée à la Palestine et aux horreurs bien évidemment commises par Israël. Ironie de l’histoire, c’est « au nom d’Allah le miséricordieux ! » que la présidente libyenne a ouvert les travaux, applaudie par la très marxiste Cuba, la très maoïste Corée du nord et le très chaviste Vénézuéla. A Genève, en 2009, Dieu reconnaîtra les siens.
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